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Financement des Frères Musulmans

27-09-2016
Des financements qui passent par des associations caritatives suisses et britanniques

Ce rapport ne concerne pas bien sûr tous les financements des Frères Musulmans mais seulement une partie. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, comme par exemple celui des services secrets américains, le fameux Fond E 4320 des années 60, les financements des pays du Golfe ou  la création dde la nébuleuse financière pendant  les années 1980 et 1990.

En 1988 est fondée la banque Al-Taqwa basée aux Bahamas, en Suisse et au Liechtenstein, elle devient le principal organisme financier du mouvement. Discrète, son rôle est mis en évidence à partir de 2001 où elle fait partie des organismes financiers soupçonnées d’aider le terrorisme. En 1996, les difficultés de financement en provenance du Golfe Arabo-Persique, amènent la création du Fonds européen (European Trust) dont six administrateurs appartiennent à l’UOIE mais je me concentrerai sur un rapport en particulier.

Ce n’est certes pas une nouveauté que des associations caritatives soient en réalité des couvertures  mais cette enquête publiée sur le journal Al-Ittihad, qui a été menée par deux journalistes arabes du Golfe démontre comment les frères musulmans infiltrés en Europe récoltent des fonds à travers des “dons” pour financer leurs activités de prosélytisme. Deux pays sont particulièrement ciblés la Suisse et la Grande Bretagne!

Ne trouvez vous pas étrange que deux journalistes aient réussi à remonter ces filières et que nos gouvernements semblent incapables de le faire et de les interdire?  Non, ce n’est pas d’incapacité mais de manque de volonté d’intervenir. Ce ne sont pas les livres, les écrits, les enquêtes menées par des journalistes sérieux, les analyses d’intellectuels éclairés musulmans eux mêmes qui manquent mais bien un choix politique incompréhensif et suicidaire vu l’enjeu!

“Une enquête de deux journalistes arabes dénoue les liens existant entre des organismes et des personnalités de la confrérie, en Suisse et en Grande-Bretagne. Parmi elles, Ghaleb Himmat et Mohamed Karmous.

Deux journalistes arabes apportent leur pierre aux multiples livres et enquêtes consacrés aux Frères musulmans.

Leur sujet d’investigation: les associations-couvertures créées pour récolter de l’argent pour la confrérie.

Les lieux: la Suisse et la Grande-Bretagne.

Pour la Suisse, le texte affirme que le Neuchâtelois Mohamed Karmous est un important cadre des Frères musulmans.

L’enquête a été publiée par le journal des Emirats arabes unis «Al-Ittihad» en avril 2014.

Wikipedia, peu disert, indique que ce journal dépend du gouvernement et «publie des articles de fond rédigés par des intellectuels souvent critiques du monde arabe».

Les auteurs, Abderrahmane Chalabi et Mohamed Ali Zaydan, tentent de désenchevêtrer la nature des sociétés, leurs liens, leurs responsables. Ce n’est pas une sinécure.

Le texte a été traduit de l’arabe par Sami Aldeeb qui en donne l’intégralité sur son site.

Mohammed Mahdi Akef, ancien guide de la Confrérie, se vantait en 2011 que les Frères musulmans étaient présents dans 72 pays, et qu’ils contrôlaient de nombreuses organisations, y compris aux États-Unis.

Des associations diverses, dont beaucoup sous le label caritatif, servent de couverture pour la collecte d’argent. Les journalistes ont repéré quelque 23 associations et sociétés en Suisse et en Grande Bretagne dirigées par des cadres des Frères, et gérant des fonds qui dépassent les 100 millions de livres sterling (quelque 130 millions  de CHF au taux actuel). La Suisse en fournit, conformément sa taille, une petite part, environ 5millions (6,5).

La création de l’empire des Frères musulmans en Europe doit beaucoup à Youssef Nada et à son partenaire Ghaled Himmat qui préside aujourd’hui la Communauté islamique du Tessin. Voir l’article paru à ce propos le 23 novembre 2005 sur ce site: «Une association du Tessin gérée par l’un des pontes des Frères musulmans d’Europe.»

De 1973 à 2002, Ghaleb Himmat a été président de l’Islamische Gesellschaft in Deutschland (IGD), branche principale des Frères musulmans en Allemagne.

Après le 11 Septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a placé Himmat et Nada sur une liste noire de personnes soupçonnées de financement du terrorisme palestinien et d’al-Qaeda par le biais de la banque Al-Taqwa. Ils en ont été retirés quelques années après, mais le Département du Trésor américain n’a fait de même qu’en février 2015.

«Notre équipe d’investigation, affirme l’article d’Al-Ittihad, a réussi à prouver le contrôle des frères sur les conseils d’administration de plusieurs associations de bienfaisance dont la plupart se trouvent en Suisse et qui s’adonnent à la collecte des cotisations et des donations des membres pour financer les activités de l’organisation.»

La majorité des organismes cités ont été créés ou co-créés par le Neuchâtelois Mohamed Karmous, acteur majeur, avec sa femme de la récente et controversée création du Musée des civilisations islamiques et d’un projet de complexe de commerces, logements et salles de cours estimé à 22 millions. Mohamed Karmous est par ailleurs professeur de génie électrique à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale.

Pour le détail de ces organismes et de leurs buts, je vous renvoie à mon article: «Faire place à l’islam: l’insatiable activisme de Mohamed Karmous», publié en février 2015 sur mon blog.

J’avais découvert une version moins complète que celle qui nous occupe, signée des mêmes journalistes et intitulée «Sources de financement des Frères musulmans». Je l’avais mentionnée à Mohamed Karmous. Il ne connaissait pas cette enquête et m’avait déclaré: «Ce sont des mensonges souvent propagés par de minables journalistes dans les Etats du Golfe. Je ne suis pas membre des Frères musulmans et nous avons énormément de difficultés à trouver de l’argent.»

Les journalistes arabes avancent, en général, des chiffres. Je les ai repris.

  • Le Centre islamique de Genève est le premier mentionné, mais sans chiffres. Son conseil d’administration rassemble toujours les petits-fils et la petite fille d’Al-Banna, enfants de Saïd Ramadan: Hani, Tariq, Ayman, Arwa, Bilal et Yassir.
  • L’association «Comunità Islamica nel Cantone Ticino» est présidée par Ghaleb Himmat. Mohammed Karmous fait aussi partie du Conseil d’administration. Selon les auteurs, le site du Centre Sawassya pour les droits de l’homme, créé par les Frères en 2004, cite le Neuchâtelois comme l’un des cadres des Frères musulmans, membre par ailleurs du conseil consultatif de ce Centre. Un autre membre du conseil d’administration de la communauté tessinoise, Soulayman Soulayman, est selon l’enquête contrôleur général des Frères musulmans en Libye. Et Idriss Nasr Eddine, autre membre, a été l’un des accusés dans les attentats du 11 septembre. Il a été acquitté en 2006. Idriss a créé plusieurs sociétés au Panama entre 1992 et 1995.
  • Selon les journalistes, cette association disposait de liquidités d’environ 1,1 million de dollars selon son budget 2006.
  • Le Centre socio-culturel des Musulmans de Lausanne (réd : Complexe culturel musulman de Lausanne) est dirigé par Mohamed Karmous. Ses liquidités se montent 6,6 mio de livres sterling (environs 8,5 mios de CHF). Son caissier est Ahmed Ben Rahouma, d’origine tunisienne et de nationalité suisse.
  • La «Fondation Euro-Suisse Mithak» qui veut créer des ponts et améliorer le sort de musulmans, fait figurer à son premier budget, en 2009, des liquidités disponibles, après dépenses pour ses objectifs, de 192’000 dollars et de 213’000 francs suisses.
  • La Fondation d’œuvres à rayonnement socioculturelles (FORS), créée en 2010, veut «améliorer la présence des musulmans en Suisse et en Europe dans le cadre de la tolérance, la cohabitation et le respect». Ses liquidités se montent à de 400’000 livres (520’000 CHF). Elle a été créée et est présidée par Karmous. Son épouse Nadia en est la directrice exécutive.
  • La Ligue des Musulmans de Suisse est créée à Neuchâtel en 1997 (et non 2006 comme indiqué par les journalistes) par Mohamed Karmous. Il la présidera une dizaine d’années. Elle adhère clairement à la confrérie comme je le montre dans l’article mentionné. Elle migre en 2008 à Prilly. Selon les documents des enquêteurs arabes, son budget 2006 mentionne des liquidités d’un million de livres sterling (env, 1,3 mio de CHF) réparti entre dollars et francs suisses.
  • L’Union Islamique des Enseignants, créée en 2010 par Karmous a pour but de défendre les droits syndicaux. Son budget à fin 2009 comprenait des liquidités de 479’000 dollars et de 531’000 francs suisses.
  • La Vereinigung der Islamischen Organisationen in Zürich (VIOZ) est seulement mentionnée. Quant à la Stiftung Islamische Gemeinschaft Zürich, créée en 1994 par 24 personnalités, dont Mohamed Ibrahim, l’un des associés de Youssef Nada, elle vise à aider les musulmans de Zurich. Son budget à fin 2006, comprenait des liquidités de 166’000 dollars et de 213’000 francs suisse.

L’International Islamic Charitable Organization, Sharq Koweït, succursale de Meyrin, Genève, était une branche du centre principal sis au Koweït. Son but: aider les démunis, les orphelins, les victimes de catastrophes. Son conseil d’administration comprenait 31 membres, dont Youssef Al-Qaradawi et Ghaleb Himmat.

L’enquête conclut que l’ensemble des dix associations repérées en Suisse représentent après réduction des charges de fonctionnement pour une année financière, environs 6,5 millions de CHF. Ce n’est pas un montant énorme, mais si l’on imagine un tel versement à la Confrérie chaque année, ce n’est pas négligeable. Les chiffres des journalistes datent cependant souvent de plusieurs, voire une dizaine d’années, il est donc difficile de savoir aujourd’hui ce qu’il en est, surtout après la chute Frères et leur répression au cœur de leur pouvoir, l’Egypte.

Pour la Grande-Bretagne, les journalistes se sont lancés sur les traces de 13 institutions financières et de bienfaisance, dont Islamic Relief Worldwide et la Fondation de secours islamique.”

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Nicole Touati