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Les experts en sureté et sécurité

Jihad en Suisse?

09-04-2015
Quelle est la situation actuellement?

Un nouveau projet de révision de la loi sur le service de renseignement est en cours pour permettre aux autorités de surveiller les suspects dans leur vie privée.

Des moyens supplémentaires qui ammontent à deux millions de francs seront accordés pour soutenir les services cantonnaux de protection de l’Etat et six nouveaux postes à durée limitée de trois ans seront créés auprès du SRC pour la collecte et le traitement des informations.

La Suisse a déjà mis en place une task-force de lutte contre le tourisme jihadiste appelé Tetra ( terrorism travellers) et a interdit les organisations terroristes de Al Qaeda et de l’Etat Islamique grace à une loi fédérale urgente. Après six mois de travail, La task force est formelle: la Suisse n’est pas à l’écart du mouvement. Elle doit redouter tant les voyageurs du jihad – dont beaucoup finissent par revenir radicalisés – que les loups solitaires, qui se radicalisent sans quitter le territoire. Le risque d’attentat ne  saurait être écarté.

Toutes ces mesures, bien entendu, font comprendre que la Suisse est bien consciente du risque terrorisme mais qu’en est-il exactement? Quelle est le niveau de menace?

Le SRC – Service de Renseignements de la Confédération – a recensé bien 67 jihadistes partis de la Suisse pour rejoindre l’Etat Islamique. Vingt procédures sont actuellement menées contre des présumés jihadistes en Suisse.
Trois irakiens ont été arrétés en mars 2014 , suspectés de planifier des attentats en Suisse et aux Etats Unis; l’un deux avait demandé par le passé une demande d’asile en Suisse, le second vit en Suisse depuis dix ans et le troisième arrivait de Syrie probablement comme homme de contact  et organisateur des attentats.

Un tunisien de 35 ans, vivant en Suisse depuis 2006, sous le statut d’étudiant et proche des mouvements salfistes a été expulsé.

Le 22 janvier dernier, il semblerait qu’un citoyen somalien et suisse qui avait résidé en Suisse jusqu’à l’année dernière aurait commis un attentat devant un hotel de Mogadiscio revendiqué par les Shebab.

Un terroriste de Suisse orientale qui a rejoint l'organisation terroriste Jabhat al-Nusra en Syrie retient contre son gré et depuis six mois sa femme, une Allemande de 22 ans, en Syrie. SRF est parvenue à se procurer des enregistrements vocaux de la jeune femme à travers lesquels elle tente d'entrer en contact avec sa famille. «Je veux rentrer, s'il vous plaît aidez-moi.» De son côté, son mari, Onur a écrit plusieurs messages via WhatsApp dans lesquels il menace la Suisse.«Je suis venu ici pour couper la tête aux Kouffars (personnes qui ont une autre religion que la religion musulmane ou personnes n'ayant aucune croyance). Un jour nous serons en Suisse!

Une quinzaine d’imams radicaux proches des milieux extrémistes ont été arrétés au Kosovo, deux d’entre eux, Shefqet Krasniqi et Mazllam Mazllami.   venaient en Suisse pour prècher “discrètement”. Le premier, imam à la grande mosquée de Pristina, a été invité à deux reprises, en 2011 et en 2013, par le Conseil central islamique suisse (CCIS) lors de sa conférence annuelle. Shefqet Krasniqi s'est ainsi rendu en Suisse à plusieurs reprises avec un visa Schengen.Il a prêché dans de discrètes mosquées albanaises, comme celle de Liestal (BL) où a également été repéré Mazllam Mazllami, qui officie comme imam à la mosquée «Jeni Mahallës» à Prizren.

Deux frères Kurdes irakiens ont été poursuivis par le tribunal pénal fédéral de Bellinzone (TI). Il sont accusés d'avoir géré le centre «Didi Nwe Auslandabteilung» ainsi que neuf sites internet. «Ces plateformes avaient pour but la propagande d'attentats et de messages terroristes. Les pages web servaient également à recruter de nouveaux membres pour organiser des actes de violence criminels», Mullah Krekar, un prédicateur salafiste vivant à Oslo, serait à la tète du centre balois. Il avait été condamné à cinq ans de prison en 2012 pour incitation au terrorisme et menaces de mort.

Un citoyen suisse originaire du Kosovo a été arrêté en Turquie après le meurtre de trois personnes, dont un gendarme, dans la province anatolienne de Niğde. L'homme n'a exprimé aucun remords. «J'ai fait une bonne action en les tuant. Je n'ai de compte à rendre à personne d'autre qu'à Allah. Je ne dirai rien. Vous êtes tous des païens», a-t-il déclaré. Il a également affirmé que la Turquie était considérée comme un ennemi pour être membre de l'OTAN, L'attaque, qui a eu lieu le 20 mars, a également blessé cinq personnes. Parmi les victimes figurent un gendarme et un officier de police.

Un étudiant jordanien  a été arrété au Kenya pour ses liens avec la milice Al Shabaab, il est soupçonné de terrorisme et reste interdit d’entrée en Suisse.Les services secrets suisses le suspectaient d’avoir des liens avec des groupes jidahistes.
Un  site, créé par un habitant d'Yverdon, était une vaste plateforme de recrutement de djihadistes. Il a été bloqué par les autorités suisses.

 

Un Romand parti en Syrie pour combattre aux côtés des jihadistes du groupe Etat Islamique et qui est revenu a été condamné à 600 heures de travail d'intérêt général avec sursis, assorties d'une psychothérapie. Peut- on considérer cette “punition” suffisante ?

Pouvons –nous oublier la jidahiste belge Malika el-Aroud, la veuve de l’un des deux assassins du commandant  Massoud, en Afghanistan? Elle a vécu tranquillement à Guin, dans le canton de Fribourg, pendant des années, diffusant sur Internet des scènes de tortures d’ennemis de l’islam et des attentats à la bombe. Son second mari,  Moez Garsallaoui, tunisien et membre important de Al Qaeda bénéficiait  de l’aide sociale suisse , alors qu’il était formateur dans un camp d’entrainement  terroriste pour recrues étrangères au Waziristan (Pakistan) qui avait été aussi  fréquenté par Mohamed Merah, le terroriste de Toulouse. Garsallaoui  a été tué par un drone américain en octobre 2012.

Bien sur, certains penseront qu’il ne s’agit que peu de cas, peut etre! mais nous ne connaissons pas le nombre de cellules dormantes ou actives qui se trouvent dans notre pays et souvenez vous qu’il n’a fallu que 19 personnes, le 11 septembre 2001 pour mettre les Etats Unis à genoux!

La Suisse, qui continue d’accueillir de nombreux extrémistes terroristes dont des anciens du FIS dissous par le biais d’”associations” semble constituer une sorte de base arrière aux organisations terroristes agissant au Moyen-Orient et en Afrique du Nord .

Considérant qu’une attaque terroriste ne peut être exclue dans aucun pays au monde, meme les plus impensables, il serait  vraiement superficiel affirmer que la Suisse ne coure pas de risques. En outre, un attentat en Suisse aurait un écho et une ampleur stupéfiantes et les motifs pour lesquels elle pourrait etre attaquée ne sont pas des moindres. La présence de l’ONU, les organisations internationales, les multinationales et entreprises américaines  et le havre de paix qu’elle représente pourraient etre très attractive pour les groupes terroristes. N’oublions pas le référendum sur les minarets, l’interdiction dans certains cantons du port du voile, ces deux éléments pourraient etre considérés comme des attaques à l’islam radical.  

Ce qu’il est important comprendre est que les principales organisations terroristes ne sont pas des groupes locaux mais qu’elles opèrent globalement en forme  de métastases et que cela est devenu une guerre mondiale assymétrique.